afriqueChers lecteurs, chères lectrices, merci de recevoir ‘’Le Contrat’’, votre nouveau mensuel panafricain d’informations générales. Le paysage de la presse ivoirienne est certes déjà riche d’une multitude de titres, mais il manquait ce regard lucide sur l’actualité sous-régionale et internationale ciblant spécifiquement la coopération entre nos Etats. Dans la mouvance de l’intégration africaine dont la Côte d’Ivoire est un acteur de premier plan, sinon le principal acteur,...

...il convient d’offrir à l’opinion nationale une analyse objective de l’actualité régionale et des rapports entre nos différents Etats. Nous espérons que vous lui réserverez un accueil enthousiaste et que ce nouveau Contrat que nous voulons signer avec le lectorat se fera au bénéfice des deux parties. Nous nous tenons donc à l’écoute du public qui est notre raison de vivre.
L’actualité dominante de ces derniers mois en Afrique est incontestablement guinéenne. Avec les remous sociopolitiques qui secouent cette nation depuis la mort de Lansana Conté, qui a succédé au très charismatique Ahmed Sékou TOURE, l’homme qui a osé dire « NON » au Général de Gaulle et à la France colonialiste, le 28 septembre 1958.

Les Africains observent les événements de Guinée comme s’ils constituaient une autre trame dans l’émergence de la démocratie, violente on le sait, puisqu’il s’agit de remplacer un ancien système par un autre, une ancienne culture politique par une autre. Le choc des plaques tectoniques n’est pas une sinécure, on le sait bien.

En réalité, il s’agit de bien plus que cela. Au-delà des habituelles transitions à problèmes que connaît l’Afrique, c’est un tout autre tableau que nous offre la Guinée d’aujourd’hui : c’est le destin de toute l’Afrique qui s’y joue en réalité. Voilà un pays qualifié de scandale géologique, à l’égal du Zaïre, de l’Angola ou de l’Afrique du Sud. La France qui avait été pendant cinquante  ans privé du gâteau trouve que le moment est venu de s’en emparer en influençant l’avenir politique de la Guinée, par la mise en place d’un gouvernement à sa solde ou du moins favorable à ses intérêts.

En cela, elle est soutenue par le bloc occidental, communauté d’intérêts et de biens oblige. Mais il se trouve qu’une junte militaire composée d’officiers nationalistes, pas prêts à brader les ressources de leur pays, est au pouvoir à Conakry. Leur leader, le capitaine Dadis Camara, tribun devant l’Eternel, ressemble idéologiquement à son illustre ancien, Ahmed Sékou TOURE. La France ne peut supporter longtemps que soit à nouveau différé le pillage par elle des ressources guinéennes. Elle s’impatiente de voir la junte passer la main à des opposants, pour la plupart tournés vers Paris qui les adoube. Pis. Voilà que le Capitaine Dadis Camara laisse clairement entendre sa volonté de se présenter aux élections : la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Que faut-il faire ? Soit, le discréditer au yeux de la communauté nationale comme internationale, soit l’éliminer physiquement. La France opte pour les deux voies.

Elle choisit la date fortement symbolique du 28 septembre pour organiser, en complicité avec les opposants à Dadis, le « massacre du stade » en infiltrant des mercenaires à sa solde au stade pour faire le sale boulot. Et s’empresse de relayer par ses puissants médias, la forfaiture. Kouchner jubile et brandit le chiffon rouge de toutes les instances punitives de l’Occident : TPI, CPI, etc. Résultat : Dadis est Sali. Mais comme c’est un dur à cuire, il tient bon et commence même à  reprendre du poil de la bête devant une opinion africaine qui voit que cette manigance, cousue de fil blanc, ne peut tromper que les simples d’esprits. D’autant que la France est coutumière du fait.

Il reste donc le deuxième plan : éliminer physiquement Dadis. Pour y parvenir, il n’ya pas meilleure main que celle de son ami, qui plus est, est son aide de camp et garde de corps. Il ne faut pas chercher trop loin l’arme du crime : le lieutenant Toumba Diakité tire sur Dadis.
La France et ses sbires jubilent à nouveau, croyant l’homme irrécupérable. Aucun communiqué de compassion à l’égard d’un Etat, d’une famille dont le chef est atteint de cette manière. On attend que mort s’en suive pour procéder aux changements à Conakry.

Plus grave, les Africains, qui n’ont jamais tiré les leçons de l’Histoire, se joignent à leurs propres ennemis pour creuser la tombe, de Dadis, de la Guinée et de l’Afrique. Ibn Chambas, le tristement célèbre Secrétaire Exécutif de la CEDEAO demande ni plus ni moins que l’occupation de la Guinée par des troupes étrangères, dans une « interposition entre les civils et les militaires ». Des pays soutiennent cette proposition. La junte doit « céder le pouvoir aux civils ». La CEDEAO fait le lit d’un Groupe Technique International pour se pencher sur le cas guinéen. L’ONU y a dépêché une commission d’enquête internationale. Cela nous rappelle, à nous autres Ivoiriens, le triste ballet des charognards autour de notre pays avant et pendant la guerre. Les uns pour préparer la crise, les autres pour la gérer et en tirer les fruits.

Il faut s’indigner, condamner et combattre cette attitude de certains Africains prêts à brader leur propre pays ou continent devant la pression des nations néocolonialistes d’Occident, toujours les mêmes. Cela nous rappelle la contribution active de certains Africains, complices et coauteurs, dans la traite des Noirs. La situation n’a guère changé. Tévoédjéré, Ibn Chambas, Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré et autres sont des exemples patents de cet esprit qui consiste à se vendre pour des miettes. La France et ses amis trouveront toujours des larbins pour leur faciliter la tâche. La Côte d’Ivoire, courageuse et intelligente, est en train de se sortir de cette trappe. La Guinée est prise dans le piège à éléphants. Beaucoup d’Africains le déplorent. Ils doivent faire mieux : ils doivent se dresser et combattre. Condamner. Dénoncer.

Surveiller cet éternel et infatigable « chipeur -le-renard ».
Le destin de l’Afrique entière se joue en Guinée. Si la junte de Conakry résiste, c’est l’honneur, l’orgueil, la respectabilité et l’indépendance de l’Afrique qui seront garantis. Si elle plie, ce sera une grande victoire pour les néocolonialistes qui ne renoncent pas à leur vieux rêve : recoloniser et asservir les Africains. Nous priver de commercer avec qui nous voulons, de fixer les prix de nos matières premières, bref, de nous développer. Voyez avec quel acharnement la presse et les mercenaires occidentaux s’acharnent sur la Guinée Equatoriale dont les succès économiques sont pourtant patents.
Alors, en Guinée comme en Côte d’Ivoire, dressons-nous pour notre liberté. La liberté de l’Afrique.

Par Saint Brilland

Source : GuinéeNouvelle