zaley_sidikibaSur plus d’une centaine de formations - la composante partisane du forum des forces vives, arguant de la prééminence du diplôme et relativisant ainsi l’impératif de neutralité à l’égard des enjeux partisans - nous nous sommes vus proposer une personnalité issue des partis politiques au Détriment d’une personnalité issue du mouvement social.

Ce choix, en la personne de Jean-Marie DORE, appelle un décryptage pour en identifier les raisons non dites et lever ainsi les écueils qu’il annonce quant à la réalisation effective du processus de changement voulu par les guinéens - notamment les jeunes - volonté soutenue et impulsée par l’engagement mobilisateur du mouvement social guinéen depuis 2006.

Avant d’en aborder les raisons implicites, remarquons que la raison explicite fait la part belle à la qualification ethnicisée du pouvoir, justifiant ainsi une approche communautariste, et faisant le lit de ce qui abordent l’Etat guinéen comme un instrument patrimonial au service de l’ethnie de la personne qui est au sommet. Cette approche qui tue dans l’œuf toute perspective de construction nationale véritable est un frein à la notion même de République, car, au lieu d’être et de s’accomplir dans les principes de la « Res Publica », la Chose Publique, l’Etat végète dans une « Res Ethnica » de fait, puisqu’il est réduit à une Chose Ethnique, ou, tout au plus, une cause régionaliste ou régionalisée, au gré des origines de celui qui en est aux commandes. Le précédent créé par cette justification régionaliste du choix de Jean-Marie DORE pourrait nous conduire à la transcription, dans la constitution, d’une disposition faisant en sorte qu’en cas d’interruption, avant terme, du mandat du chef de l’Etat en exercice, il faudra impérativement, en plus du constat de son incapacité à gouverner, lui trouver un remplaçant de la même ethnie ou région, afin de préserver le « tour » ou période d’inféodation ethnique ou régionaliste découlant des origines du chef d’Etat défaillant ou empêché. Ce qui nous amènerait à instaurer que le dauphin constitutionnel soit exclusivement de la même région ou ethnie, etc…
Bref, on voit que le simple fait d’énoncer une telle démarche nous éloigne et nous fait fondamentalement dévier du chemin de toute construction nationale effective.
C’est déjà très grave, mais ce n’est pas le plus grave.
Le pire, dans ce choix, provient du non dit, des motivations cachées que l’on peut deviner, déduire par l’analyse des enjeux et du jeu des acteurs qui y ont procédé, sans préjudice des qualités intrinsèques de Jean-Marie DORE lui-même, commis sur un champ de mines en commando sacrificiel, dont on voudrait exploiter les propensions et contraintes personnelles pour faire le sale boulot, tandis que d’autres, tapis dans l’ombre, s’apprêtent à en recueillir les fruits, tout en préparant la mine ou la bombe à retardement avec laquelle ils feront sauter l’impétrant, avec cynisme, le moment venu.

A. Les propensions et contraintes personnelles du Premier-Ministre-commando Jean-Marie DORE :
Le trait caractéristique de Jean-Marie DORE est qu’il n’a jamais failli à saisir l’opportunité d’une élection présidentielle, quels qu’eussent été les obstacles et risques qui s’ensuivissent. C’est donc un batailleur opiniâtre sur le chemin de la consécration présidentielle, qui ne pourrait, humainement, se résoudre, sauf contraint et forcé, à renoncer, en contrepartie de 6 mois de primature, à renoncer à son rêve d’Homme, à la perspective qui a dominé plusieurs décennies de positionnement dans le panier à crabes du jeu politique en Guinée. C’est ce profil du personnage qui a certainement fait son intérêt auprès de ceux qui l’ont mis en avant, afin que, dans son élan, il déblaie, croyant agir pour lui-même, le chemin des embûches qui jonchent les perspectives présidentielles de ses mandataires d’aujourd’hui. C’est ce déblayage que j’appelle ici le sale boulot.

B. Le sale boulot :
Le boulot qui est espéré de Jean-Marie DORE est essentiellement de tout faire pour éluder, évacuer la question de la révision de la constitution, et pour cela, il faut qu’il se sente concerné par les effets d’une telle révision. Et pour qu’il se sente concerné, il faut le laisser croire ou penser qu’il pourrait se présenter aux élections présidentielles à la fin de la période de transition, sinon, comment expliquer qu’aucun de ceux qui l’ont adoubé ne se soit exprimé sur ses positions sibyllines face à la non candidature du premier ministre de la transition ?
Par cynisme et calcul politique, on laisse accroire à Jean-Marie DORE que l’option lui est ouverte, et ainsi, pour son propre intérêt, compte tenu des problématiques de :
1) la limite d’âge ;
2) limitations du pouvoir présidentiel ;
3) limitation du nombre de mandats.

Le commando Jean-Marie DORE, du haut de ses 70 ans, sera l’agent idéal pour assurer, en tant que Premier Ministre de transition, une reconduite telle quelle de la monarchie constitutionnelle consacrée par l’esprit et la lettre de la Loi Fondamentale laissée par Lansana CONTE au 23 décembre 2008.
Pour cela, il faudra le laisser croire que l’option de sa candidature présidentielle reste ouverte.
D’où la feuille de route dépouillée de toute allusion à une quelconque révision de la constitution, réforme à propos de laquelle les guinéens conviennent qu’il faudrait, ad minimum, revenir à la version précédent les modifications qui, à l’époque, furent unanimement décriées et dénoncées par l’ensemble de la classe politique, suscitant des mouvements unitaires tels que FRAD, MORAD…

C. La bombe à retardement Anti Jean-Marie DORE pour la fin de la période de transition
Dans 6 mois, puisque les partis politiques qui l’ont adoubé pour faire aboutir leur projet de statu quo constitutionnel auront réussi à nous tromper sur ce sujet épineux, en l’expurgeant soigneusement de la feuille de route de la transition, ils attendront cyniquement Jean-Marie DORE au tournant de sa candidature à la présidentielle. Conscients de l’intransigeance de l’opinion guinéenne sur ce sujet, ils auront, sous le manteau, tenus leurs troupes prêtes à porter l’estocade à ce Premier Ministre, en cas de velléité présidentielle en fin de transition, et dont ils auront préparé l’esprit à empêcher toute révision constitutionnelle pendant son bref mandat d’un semestre. Et c’est là que, soudain réveillés, ils se feront les champions de la défense d’une ligne qu’ils auront laissé enfoncer par Jean-Marie DORE depuis le début.

KEITA Sidikiba