MoussaDe quoi a- t-on Peur ?

La colonisation a créé en nous certaines habitudes qui malheureusement nous éloignent de la tradition. Ce qui arrive en Guinée est triste. Cela ne doit susciter la joie chez personne. Comment expliquer que la communauté internationale ne se préoccupe pas de la maladie du Président guinéen mais s’acharne à le faire remplacer au pouvoir ?
Apparemment, il nous semble que cette communauté internationale s’identifie à quelques pays. Les déclarations de guerre civile faites par certains hommes politiques de ces grands pays montrent que l’on s’octroie la paternité de la communauté internationale. Pourquoi ces demandes intempestives de terminer rapidement le rapport de l’ONU sur les événements du 28 septembre dernier ? Comment expliquer la précipitation avec laquelle on veut porter l’affaire à la C.P.I. ?
Il ne faut pas que l’on soit un jour étonné d’apprendre que Dadis et son lit de malade ont été enlevés et transférés manu militari à la C.P.I.
Pourquoi doit-on être pressé ? De quoi a-t-on peur ?
De toutes les façons, on ne doit pas juger le cas du 28 septembre et occulter celui du 03 décembre.
Serions-nous tentés de croire que ceux qui ont poussé les innocents à aller au stade le 28 septembre sont ceux-là qui ont poussé le garde-corps à tirer à bout portant sur celui qu’il prétendait garder ?
Human Right Watch est une bonne institution des droits de l’homme. Elle le serait encore davantage si elle avait déposé une plainte dans les tribunaux internationaux à propos de la destruction honteuse de l’Irak car les prétendues armes de destruction massive n’étaient qu’un leurre sinon du bluff. Aussi elle pouvait déposer une plainte pour la population de la bande de Gaza qui est bombardée et soumise à des souffrances atroces et inimaginables pour notre ère.
Des mauvaises langues risquent de dire que cette institution est dressée contre les faibles pour lesquels elle doit son existence. Il y a eu 180 Guinéens tués avant cet événement du 28 septembre sous le régime précédent, pourquoi les tribunaux n’ont pas été saisis ?
En réalité cette agitation sur la Guinée nous interpelle.
Tous les tapages médiatiques dirigés et orientés et aussi les déclarations incendiaires de ces puissances contre Dadis ressemblent, sommes toutes, à un arbre qui cache la forêt. Il est de quoi se demander si les enjeux ne se trouvent pas ailleurs.
N’oublions pas que la Guinée recèle des richesses immenses convoitées par ces mêmes pays.
Ces dernières années, la Chine, dans son plan de conquête du marché africain, s’est retrouvée nez à nez avec ces puissances dans leurs propres pré carrés. Dès lors une concurrence déloyale s’est engagée. Dans ce contexte, quiconque oserait marcher sur les intérêts de ces pays court le risque d’avoir du plomb dans l’aile. Est-ce le cas de Dadis ?
Ici, il est question de s’aligner sur une conduite acceptée et admise par ces pays auquel cas on est décrié et mis à l’index.
Cette attitude n’est pas nouvelle. Nous l’avons vue pendant la guerre froide. Pour un rien, on était suspecté d’être marxiste et aussitôt mis au pilori et éliminé : le cas de Patrice Emery Lumumba en 1961 fait encore école. Celui de Thomas Sankara est beaucoup plus frais dans nos mémoires.
Ce qui fait peur dans le contexte guinéen c’est l’inconnu qu’engendrera le retour de Dadis en Guinée. Va-t-il accepter de coopérer avec ceux qui lui en veulent mordicus ? Va-t-il renouveler leurs contrats ? La Chine prendra-t-elle tous les marchés ? La diplomatie en prendra-t-elle un coup ? Le nationalisme étroit va-t-il surgir chez les Guinéens ?
Toutes ces questions semblent présenter la face invisible de l’iceberg. Nous pensons que c’est pour cela qu’on aimerait voir Dadis hors de la Guinée.
Quand on évoque la guerre civile nous ne voyons pas comment elle peut avoir lieu chez un peuple croyant, chrétien et musulman confondus, soudés dans les prières de la paix. En moins qu’elle soit menée de l’extérieur.
Nous osons croire que le retour de Dadis en Guinée sera applaudi.
En disant que son retour amènera une guerre civile, qu’est-ce qui montre que son non-retour ne causera pas de problèmes ?
Guinéens, surmontez vos instincts et donnez-vous la main de la fraternité pour le bien-être de vos enfants. Ainsi ce spectre de guerre civile savamment entretenue dans les esprits sera dissipé. Cela sera une victoire sans combat. Et c’est la victoire de la Guinée comme ce fut le cas en 1970 et en 2001.
Entendez-vous, l’Afrique vous regarde et vous encourage.

Kalemba Mwamba
Professeur au Lycée ELITE
Hamdallaye ACI 2000

Source : Le Républicain ( Mali )