Moussa_K__ta<< Un coup d'état a échoué en Guinée >> dixit : Le colonel Moussa KEÏTA

Ministre secrétaire permanent du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), Moussa Kéita est aussi le chef de la délégation du CNDD aux pourparlers interguinéens à Ouagadougou. Aux lendemains de la remise du document de synthèse du Facilitateur, Blaise Compaoré, aux protagonistes de la crise guinéenne, Fasozine.com,  votre quotidien en ligne a rencontré cet officier réputé être un homme de caractère. Les évènements du 28 septembre, les négociations à Ouagadougou, le mécontentement des Forces vives…étaient au menu de ce débat dans lequel a plongé, sans langue de bois, ce colonel d’armée, proche de Moussa Dadis Camara.
Fasozine.com: Que peut-on retenir de ce deuxième round des négociations interguinéennes?
Moussa Kéita:
Cela fait quarante huit heures que nous sommes là. Dans l’ensemble tout va bien. Nous avons pris contact avec le président du Faso, le facilitateur dans la crise. Il nous a remis un document de synthèse expliquant sa démarche dans la sortie de crise. Nous avons analysé le document. Nous avons des suggestions à faire par rapport au contenu du document. Pour la suite, nous allons retourner à Conakry pour rendre compte au président Moussa Dadis Camara. Le dernier mot lui revient. Cela dit, nous pouvons rassurer le peuple de Guinée que le CNDD et son président sont disposés à œuvrer dans le sens du dialogue et du retour de la paix dans notre pays, car aucune nation ne peut se construire sans la paix. Nous n’avons pas d’autre ambition que celle de conduire à l’espoir et au développement le peuple de Guinée.
Quels sont les points d’accord et de désaccord que vous relevez dans le document que le facilitateur vous a remis?
Je ne vais pas aller vite en besogne. Nous devons d’abord rendre compte à celui qui m’a mandaté. Je préfère me réserver sur ce point. Cela dit, eu égard à la réaction des Forces vives, nous pouvons dire que leur principale revendication, le départ du CNDD et de son président est impossible. Ce ne sont pas les Forces vives qui ont mis le CNDD en place. Nous sommes disposés à ouvrir le gouvernement à toutes les composantes mais pas à satisfaire cette revendication principale des Forces vives. Il se trouve que ceux qui se disent Forces vives aujourd’hui sont des personnes qui ont participé à l’effondrement de la nation guinéenne, qui ont pillé le pays à des moments donnés de son histoire. 90 % de ceux qui se réclament des Forces vives ont eu à gérer l’économie de notre pays, à assumer des hautes responsabilités au sein de la nation guinéenne. Personne d’entre eux n’a accepté de démissionner pour les actes qu’ils ont eu à poser. Ceux qui ont pillé le pays ne peuvent pas demander la démission du président Dadis. Ils sont aujourd’hui responsables, moralement ou pénalement, de l’effondrement de la guinée. Ayant peur des audits que nous avons engagés, ils se sont mués en opposants irréductibles au sein de partis politiques pour avoir une protection. Je peux rassurer le peuple de Guinée que ceux qui ont commis ces actes vont payer conformément à la loi. Plus jamais nous n’accepterons que des gens qui ont les mains sales dirigent la Guinée. Ces vieux ont fait leur temps, il faut qu’ils acceptent de partir maintenant que la classe politique se rajeunit.
Ne craignez-vous pas que de telles positions aggravent la crise?
Des personnes ont véhiculé l'idée qu’il y a une crise en Guinée, et que la liberté d'expression n'est pas une réalité. Allez en Guinée, vous constaterez qu’il y a au moins 92 à 93 partis agréés. Ceux qui se disent Forces vives ne représentent pas les 1/5 des partis agréés. A Conakry, c’est tout au plus trois à quatre quartiers qui créent des problèmes. Tout cela pour des raisons ethniques. Ils se disent que leur heure a sonné. Rassurez-vous, en Guinée, actuellement, c’est la paix, la quiétude, la confiance envers les actions du CNDD et de son président Moussa Dadis Camara.
A vous entendre on aurait dit qu’il n’y a pas eu de 28 septembre?
On n’a pas rendu public la bonne version des faits. Il y a deux documents clés dans la compréhension des faits du 28 septembre dernier. Il s’agit de la correspondance que les dites Forces vives ont adressée au maire de la commune de Dixinne demandant à organiser un mouvement de protestation au stade du 28 septembre. Le maire leur a demandé de reporter cette manifestation, parce que le 28 septembre est une date historique pour la Guinée. C’est en effet ce jour que le vaillant peuple de Guinée avait décidé de se libérer du joug colonial pour dire «non», préférant la pauvreté dans l’indépendance à l’opulence dans l’esclavage. Avant les festivités, le président Dadis avait déclaré cette journée chômée et payée sur toute l’étendue du territoire. Le maire avait répondu aux forces vives que le stade ne relevait pas de ses compétences mais du département de la Jeunesse. Plus loin, il leur a notifié qu’il n’était pas en mesure d’assurer la sécurité d’une telle manifestation. Au-delà de tout, les organisateurs de ladite manifestation se sont entêtés. Dans les années 50, ces leaders sont de ceux-là qui s’étaient opposés à la prise de l’indépendance. Ce sont, pour la plupart, des nostalgiques du passé colonial. Ce sont les amis des anciens colons.
Certains Guinéens soutiennent que la journée du 28 septembre n’est pas habituellement chômée et payée. Pour eux, la mesure déclarant cette journée ainsi visait à saboter la manifestation des Forces vives.
Une date historique comme le 28 septembre ne peut pas ne pas être chômée et payée. Si du temps de Lansana Conté (ancien président de la Guinée, NDLR) ce n’était pas le cas souvent, ce sont les restrictions budgétaires qui ont conduit à cela. Cette date a toujours été chômée et payée en Guinée depuis l’indépendance. Les Forces vives se sont donc entêtées. En allant au stade, les manifestants se sont attaqué à deux commissariats de police qu’ils ont saccagés, brûlés. Ils y ont dérobé des armes de guerre et des munitions. J’ai remis une copie de cette vidéo au président du Faso. Sur cette casette, on peut voir des civils munis d’armes de guerre au Stade. Ce qu’on ne dit pas, c’est que c’est une conspiration, un coup d’Etat qui a échoué. Ceux qui ont organisé cette manifestation ont voulu faire comme à Madagascar. Ils ont tiré sur la population, faisant endosser cette responsabilité à l’armée.
Qu’en est-il des images de soldats qui martyrisaient les civils au stade?
Ce sont des soldats qui sont là pour le maintien de l’ordre. Ce qu’on ne dit pas c’est que le stade était fermé. La Guinée devait rencontrer le Burkina Faso (match retour des éliminatoires couplées Can/Coupe du monde 2010, NDLR) . Nous n’avions pas de gazon synthétique; c’est pourquoi nous voulions entretenir le gazon avant le match. Le président a personnellement appelé l’un des leaders pour lui dire qu’il souhaite qu’il reporte la manifestation d’au moins 24 heures. Il a dit qu’il leur donne un des grands stades de la capitale. En plus du stade, il a promis assurer la sécurité des manifestants. Imaginez un président qui s’adresse ainsi à un citoyen. Finalement le leader a fermé son portable. Nous nous sommes dit, vu les engagements que nous avons pris que nous ne pouvions pas faire autrement. Lorsqu’on demande, on attend qu’on accepte la demande, on ne force pas pour faire ce qu’on veut. Les Forces vives ont souhaité avoir le stade, nous avons refusé. Si elles étaient de bonne foi, qu’est-ce qui les empêchait de reporter la manifestation d’une journée? Ils ont persisté, il y a eu des morts. Des 58 personnes tuées, il n’y en a que 12 qui l’ont été par balles. Les autres sont mortes par asphyxie ou ont été piétinées à mort à la sortie du stade. A défaut de donner la bonne version des faits, on fait croire que l’armée a tiré et qu’il y a eu 158 morts. On soutient même qu’il y a eu des soldats qui ont violé des femmes en plein jour. C’est ridicule! Un soldat a-t-il le temps dans un stade de déposer son arme pour violer une femme?
On a tout de même entendu sur une chaîne de télévision française, l’actuel ministre de la Communication, Cherif Idriss qui répondait à un appel téléphonique, dire en substance que ceux qui ont tué des milliers de personnes en Côte d’Ivoire courent toujours les rues, pourquoi pas en Guinée?
(Le ton monte). Etes-vous sûrs de l’authenticité de cette vidéo? Avez-vous interrogé l’intéressé pour savoir son point de vue? 
Selon les Forces vives, les évènements du 28 septembre 2009 sont intervenus parce que Moussa Dadis Camara a décidé de se présenter à la présidentielle, contrairement à sa position originelle d’organiser des élections libres et transparentes auxquelles il ne participerait pas.
Vous avez la réponse à votre question. Il a dit qu’il va organiser des élections libres et transparentes. Le président Dadis Camara a dit exactement: «Je ne vais pas me présenter à l’élection présidentielle en 2009». Plus loin, il a ajouté: «Puisque les élections ne seront pas transparentes», et cela parce que les conditions n’étaient pas réunies pour des élections libres et transparentes. En 2009, le recensement n’était pas fini, la Loi fondamentale était suspendue. Nous avions dit qu’il fallait revisiter la Loi fondamentale ensuite faire des recensements corrects des électeurs. L’enrôlement aussi n’avait pas avancé. Rien de tout cela n’était fait. La communauté internationale a voulu que les élections se tiennent, vaille que vaille en 2009. Le président a rétorqué qu’il ne serait pas candidat en 2009 puisque les conditions n’étaient pas réunies. A sa prise de pouvoir il a dit, que le CNDD n’est pas venu au pouvoir pour s’éterniser. (Il élève encore le ton). Que signifie s’éterniser ? Cela signifie rester indéfiniment au pouvoir. Il n’a jamais dit qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle. Au jour d’aujourd’hui, le président ne s’est pas prononcé sur sa candidature à l’élection présidentielle.
Vous qui le côtoyez au quotidien, quels conseils allez-vous donner au président Dadis à ce sujet?
Si le président me consultait, je lui demanderais d’être candidat. Je sais qu’il peut conduire la Guinée vers des lendemains meilleurs.
Les Forces vives ont protesté lorsqu’ils ont reçu le document synthèse du Facilitateur. Ils estiment que les propositions font la part belle au CNDD…
Je n’ai pas de commentaires à faire à ce sujet dans la mesure où ce n’est pas le CNDD qui a choisi le Facilitateur.
Etes-vous disposé à poursuivre les négociations malgré les couacs?
Nous sommes disposés à le faire. Ceux qui disent qu’il faut leur présence aux négociations ou rien se trompent. Nous, nous recherchons les voies et moyens pour la sortie de crise en Guinée.

Roger Niouga SAWADOGO

Source : Fasozine