beac2e52bbLa Guinée est pour moi un pays, une nation unitaire et unifiée malgré sa diversité ethnique, linguistique et culturelle. Cette diversité apparaît à mes yeux comme une richesse dont les Guinéens doivent se servir pour un épanouissement spirituel et mental fort, pour la réalisation et l’atteinte d’un idéal de progrès et de développement socio économique et politique.

Hélas! Ce désir qui m’anime a toujours été relégué au second plan par une frange infime de la population guinéenne. Malheureusement, il est très honteux de reconnaître que j’appartiens à cette population qui a toujours été la source et la cause des faux problèmes en Guinée. Je suis bien conscient de ce que j’avance.

Frères et sœurs peulhs, arrêtons d’être constamment indexés comme des trouble faits de notre pays, la Guinée. Abstenons nous de nous considérer comme les êtres supérieurs dans un territoire conquis de haute lutte par les autres ethnies. Je dis bien par les autres ethnies et j’en donnerai les preuves. Arrêtons de penser que nous sommes les plus aisés, les plus riches, les plus nombreux… D’ailleurs, de quoi sommes-nous riches ? Nous nous estimons les plus intelligents. Le sommes-nous vraiment ?

Frères et sœurs peulhs, évitons de nous faire isoler. Le ridicule ne doit point être notre lot quotidien. L’histoire de notre pays prouve avec éloquence que nous avons toujours été aux antipodes de la trajectoire du développement de notre chère Guinée.

Avant l’indépendance
Notre esprit nationaliste est douteux. Au moment où tous les peuples épris de liberté se battaient pour leur accession à la souveraineté nationale, nous peulhs avions foulé au sol ce digne idéal en votant massivement « OUI » pour une appartenance à la communauté française. Cette humiliante et indigne attitude restera gravée dans l’histoire de la Guinée.

Le premier député guinéen à l’assemblée française fut notre aîné Yacine DIALLO. Il est fort regrettable de faire remarquer que son comportement a été indigne et révoltant. Très tôt, il a initié avec un groupe de peulhs, une politique visant la promotion d’une intelligentsia peulh. Ainsi, de nombreux élèves et étudiants peulhs allaient bénéficier des bourses d’étude pour un premier temps à l’école « WILIAM POINTY » en suite dans les universités et écoles occidentales.

Pendant la première république
L’histoire retiendra le rôle combien négatif que nous avons joué pour retarder ce pays durant le premier régime guinéen. Notre participation à la conception, à la préparation et à la mise en œuvre de l’agression du 22 novembre 1970 est établie. J’en veux pour preuve, la liste des mercenaires contenue dans le livre blanc et constituée en majorité de peulhs.

Le premier Président de la Guinée n’a-t-il pas eu raison de qualifier l’ensemble de nos velléités contrerévolutionnaire de « complot peulh ». N’a-t-il pas eu le dessus sur nous en disant : « Un peulh qui ne trahit pas n’est un vrai peulh » et d’ajouter « Si tu as un ami peulh, il faut le réveiller à 2 heures du matin pour lui demander quand est ce que tu vas me trahir ? ». Ces propos ne corroborent ils pas avec notre propre histoire ? Rappelons-nous de la trahison d’Almamy Bocar Biro BARRY et de la fixation de la limite entre Labé et Pita. Mirons-nous en tant que peulh dans nos actes, dans nos comportements et attitudes.

Pendant la deuxième république
A cette phase de l’évolution de notre pays, nous avons changé de manteau pour lier un semblant d’amitié au régime du Président CONTE. Nous en avons tiré tous les profits et toutes les faveurs possibles :

  • La main mise sur l’économie nationale par le monopole qui nous a été conféré sur la quasi-totalité des activités commerciales. Dans le souci de conserver tout le monopole, la perversité nous a poussé à écarter nos concurrents les plus dynamiques et à aller jusqu’à assassiner d’autres: Les cas du fils de Amar TALEB et celui de Monsieur KOUROUMA sont loin de quitter la mémoire du guinéen.
  • Nous devons rendre grâce à Lansana CONTE. Il nous a tellement accordé des faveurs qu’il est parvenu à nous faire « dévaliser » la Banque Internationale pour l’Afrique en Guinée (BIAG). La masse monétaire dont dispose aujourd’hui certains de nos opérateurs économiques peulhs, y trouve son origine.
  • Fort malheureusement, cette grâce a été mal récompensée. Notre ingratitude avérée nous a conduits à l’affaiblissement du régime de CONTE. Nous avons été les auteurs de :
    • l’anarchie dans le commerce par le non payement des taxes, le non respect des prix, la flambée des prix des denrées alimentaires notamment pendant la période de carême (contre toute éthique religieuse).
    • La dépréciation monétaire par différents mécanismes frauduleux
    • L’orientation de grands projets agricoles au Fouta alors que les potentialités y sont faibles en comparaison aux 3 autres régions naturelles.

La combinaison de tous ces facteurs a conduit la Guinée à solliciter un gouvernement de large consensus. La grosse erreur de ce gouvernement aura été de prononcer le mot « audit ». Nous sentant coupables nous avons si tôt entrepris de le faire échouer par le truchement des actes de sabotage. La réglementation et la gestion correcte de l’importation des marchandises par le gouvernement KOUYATE nous a fait frémir. Ce fut la signature de son acte de départ. Bien que la nomination du très sombre SOUARE au poste de premier ministre ne répondait pas aux critères définis par la feuille de route de l’inter syndical et de la société civile, nous l’avons acclamé parce qu’il est l’un de nous. Cette attitude a engendré une opposition au sein de l’inter syndical entre Rabiatou DIALLO (peulh) et Ibrahima FOFANA (malinké). Cependant, la nomination d’Eugène CAMARA au même poste a suscité une réaction nationale qui a commencé par sa région d’origine.

Actuel régime
Les propos du doyen Boubacar Biro DIALLO, « Dadis est le Moïse Guinéen » ont été reçus comme un coup de sabre par notre communauté. Pour nous c’est une profanation. Or cette métaphore consistait à démontrer que la Guinée venait de trouver un sauveur. En effet, le CNDD engageait dès sa prise du pouvoir, la Guinée sur la voie souhaitée par tous. Les audits en général, ont été fort appréciés et soutenus par tout guinéen conscient. Voila que, pour épargner certains de nos frères, prédateurs de l’économie nationale, les notables du fouta djalon, vont plaider auprès du Capitaine Dadis, de surseoir aux audits (lynx juillet Aout 2009). Il a obéit à notre requête. Une fois plus, quelle récompense allons nous lui réserver ?

Le 28 septembre 2009, quand j’en juge par la localisation des manifestants, l’axe Hamdallaye – Bambeto – Kosa, j’ai honte de dire que cette zone est habitée par la même communauté peulh à laquelle j’appartiens. Notre sortie massive ce jour du 28 Septembre, démontre à suffisance notre manque de patriotisme affiché à cette même date en 1958, en votant massivement « OUI » au référendum. Nous devons appartenir à un tout. Notre position sera noble et respectée lorsqu’elle impliquera la participation de toutes les sensibilités ethniques, régionales et religieuses.

Mes chers frères et sœurs peulhs apprenons dès maintenant que nous seuls, nous ne sommes pas la Guinée, nous ne sommes pas les seuls guinéens, nous ne ferons pas seuls la Guinée. Le pouvoir n’est pas un jeu de rotation. Et ne raisonnons pas à la place de Dieu. Il donne le pouvoir à qui il veut. Puisse ce petit message attendrir et adoucir vos cœurs. Amina !

Par : Moustapha BARRY
Correspondance spéciale pour Aminata.com