149220Guinéennes et Guinéens,

Chers Compatriotes,

Notre pays vient de subir une tragédie humaine qui a jeté un discrédit inadmissible sur chacun de nous. L’inimaginable s’est brutalement étalé devant nous avec une froideur abominable.

En effet, ce 28 septembre 2009, normalement jour de fierté pour notre nation, est devenu un jour souillé, qui a connu la mort tragique de dizaines de nos compatriotes et l’atteinte à la dignité de certain nombre de nos sœurs.

Je voudrais, à cet effet, m’incliner pieusement devant la mémoire de toutes ces victimes de ce jour sombre et exprimer ma très profonde compassion à toutes celles et tous ceux qui ont perdu prématurément les leurs au cours de cet évènement.

Aux familles éplorées, je voudrais signifier que je comprends et compatis à leur douleur et leur dire que loin d’être un problème de nombre de victimes, c’est d’abord et avant tout un principe fondamental de respect de ce qui est vital dans toutes nos cultures, nos traditions et nos religions à savoir le respect et la préservation de la vie humaine.

Chaque Guinéen tué est une mort de trop quelles que soient son ethnie, sa religion et sa condition sociale. De même, chaque guinéenne bafouée dans sa chair et dans son intimité est un couteau de trop qui écorche notre dignité à tous.

Mes chers compatriotes,

Connaissant le caractère profondément croyant de notre société, souvenons-nous que le plus grand des pêchés est celui qui est sous-estimé par son auteur. Fort malheureusement, il est permis de constater aujourd’hui que le pêcheur inconscient sommeille en beaucoup d’entre nous à travers l’intolérance, le refus du partage et la passion qui ont conduit le pays au bord de l’abîme.

Les rancoeurs engendrées sont certes légitimes et les condamnations exprimées sont compréhensibles.

Les réclamations unanimes de justice le sont tout autant car seule une justice équitablement rendue sur tous les actes répréhensibles pourra laver la honte qui ternit l’image de notre pays.

D’ores et déjà, la publication de l’ordonnance n° 053 du 7 octobre 2009 créant la Commission d’Enquête Indépendante constitue un pas décisif vers la préservation de la paix sociale.

Tout Guinéen, victime d’une manière ou d’une autre des conséquences de ce jour sombre pourra recourir à cette institution pour étancher sa soif  de justice.

Guinéennes et Guinéens,

Au-delà de la nécessaire application de la justice, nous devons tout mettre en œuvre pour sécher les larmes des familles éplorées, dans l’humilité et le respect, panser les plaies des personnes blessées et respecter la pudeur de nos sœurs éprouvées.
Il serait très utile que de quelque bord que l’on soit, nous cessions de jeter de l’huile sur le feu car quand  la « case Guinée » brûlera, nous ne pourrions nous en prendre qu’à nous-mêmes.

Sur la matière, chaque citoyen doit contribuer et chaque effort est utile. Le moindre bien pour une telle cause est grand en soi et le peu de bien pour cette cause doit être considéré comme abondant en soi.

L’exemple, que donneront les décideurs à tous les niveaux et les leaders d’opinion de tous âges et de tous bords, sera capital.

De même, chacun devra retrouver la sécurité nécessaire, élément indispensable que l’Etat s’engage à préserver.

Aux différents leaders d’opinions, aux sages, aux religieux et aux responsables à tous les niveaux, à tous ceux qui ont la capacité et la possibilité d’inspirer et de mobiliser les autres, je lance un appel sincère à ne voir d’abord que la Guinée, donc à aimer et à sauver celle-ci.

Aimer la Guinée, c’est renoncer à soi pour le bien de la Guinée. Renoncer à soi, c’est prôner la justice pour les plus faibles avant tout, c’est dire la vérité en toute circonstance, c’est éteindre les foyers incandescents de discorde sociale et ethnique, c’est prêcher la tolérance et le dialogue pour faire le meilleur usage de nos intelligences, de nos différences et de nos compétences respectives.
                                          
Au moment où les lourdes conséquences des évènements du 28 septembre 2009 ont propulsé notre pays sur la scène internationale dans un accoutrement qui ne fait la fierté d’aucun d’entre nous, au moment où les pays frères de la sous-région offrent leur disponibilité pour nous accompagner dans un dialogue constructif, au moment où la plupart de nos alliés traditionnels commencent à désespérer de notre sort, il est temps, grand temps, que, dans un sursaut de grandeur, chaque guinéen serve de béquille pour relever notre pays malade et lui administrer les soins qui mettront un terme à ce qui semble être une congénitale malédiction.
                                                
Femmes de Guinée, procréatrices et trait d’union entre les familles et les ethnies,

Jeunes de Guinée, avenir de la nation,

Militaires et agents en uniforme, défenseurs de la patrie et protecteurs des citoyens,

Sages et religieux de Guinée, éclaireurs des pensées,

Responsables guinéens  à tous les niveaux, garants de l’équilibre social,
Leaders Politiques de Guinée, aspirant à diriger ce pays,

Citoyens et citoyennes,

J’interpelle tout un chacun à refuser de céder à la fatalité et à se donner la main sur le chemin de la justice, de la réconciliation, de la démocratie et du progrès.

Que Dieu bénisse la Guinée

Je vous remercie.

Kabine KOMARA
Premier Ministre,
Chef du Gouvernement